Je viens de lire l’analyse que David Vogel fait du développement et des limites de la responsabilité globale des entreprises dans son livre De la vertu du marché : Possibilités et limites de la responsabilité sociale des entreprises. Le livre présente l’intérêt de faire une évaluation critique des discours dans ce domaine et propose une vision nuancée de la responsabilité globale dans les entreprises, cherchant à modérer les voies trop optimistes ou trop pessimistes.
La thèse principale du livre est que la responsabilité globale peut dans certains contextes se révéler une stratégie pertinente, mais qu’elle peut aussi parfois limiter la performance économique de l’entreprise. D’une part, l’auteur cite des études montrant que des entreprises responsables seraient légèrement moins performantes sur le plan économique. D’autre part, il considère que rien ne prouve en effet que les entreprises responsables ne seraient pas encore plus rentables d’un point de vue économique, en réduisant leur engagement économique et social. La responsabilité globale serait ainsi avant tout une stratégie de niche qui ne serait en aucun cas généralisable à plus grande échelle.
Je défends un autre point de vue, considérant que la prise en compte des enjeux économiques, sociaux et environnementaux peut se révéler une stratégie gagnante pour toutes les entreprises. Certes, il existe de nombreux exemples d’entreprises largement irresponsables qui continuent à être très performantes d’un point de vue économique. Cependant, en retournant l’argument de David Vogel, rien ne prouve que ces entreprises ne seraient pas encore plus rentables d’un point de vue économique, si elles développaient leur engagement social et environnemental.
En réalité, il faut aller plus loin que l’auteur et admettre qu’il n’y a pas qu’une seule stratégie de responsabilité globale, mais que chaque entreprises doit construire celle qui est la plus adaptée à son contexte et aux attentes de ses parties prenantes. D’un côté, certaines entreprises peuvent très bien développer certaines actions en faveur de la protection de l’environnement et contribuer au développement de la société, sans aller assez loin. Dans un contexte où les différentes parties prenantes sont de plus en plus sceptiques et informées, comparant les pratiques des entreprises, ces entreprises ne peuvent alors attendre de tirer de grands bénéfices de leur engagement trop limité. De l’autre côté, certaines entreprises peuvent aller trop vite et mettre trop l’accent sur les dimensions sociales et environnementales, quitte à négliger parfois les enjeux économiques, alors que la responsabilité globale comporte bien les trois dimensions.
En d’autres mots, il y a des bonnes et des mauvaises stratégies de responsabilité globale. Et surtout, la responsabilité globale n’est pas le seul facteur de succès de l’entreprise. Elle ne sera jamais le seul critère de choix des consommateurs, des salariés et des investisseurs. Si les produits ou les services de l’entreprise ne sont pas performants, les consommateurs, au delà d’un petit marché de niche, ne vont pas les acheter uniquement parce que l’entreprise a une approche responsable. Il en va de même pour les salariés qui, à part quelques rares exceptions, ne vont pas travailler dans la durée dans une entreprise responsable qui n’offrirait pas des bonnes conditions de travail et de perspectives de carrière. Enfin, les investisseurs ne vont pas uniquement acheter des actions parce que l’entreprise est responsable si elle ne développe pas par ailleurs une stratégie et une organisation performante.
Ainsi redéfinie, la responsabilité globale ne remplace pas les autres dimensions de la stratégie de l’entreprise, mais peut les enrichir considérablement. Quand les consommateurs, les salariés et les investisseurs ont en effet le choix entre plusieurs entreprises proposant des produits, des emplois et des stratégies également convaincantes, il y a de fortes chances à parier qu’ils privilégieront les entreprises les plus responsables. La responsabilité globale a donc bien sa place dans toutes les entreprises, elle doit être intégrée dans toutes les décisions, mais elle ne doit constituer sa seule préoccupation.
Je viens de lire le livre
Dans son nouvel ouvrage collectif 





