Archive pour la catégorie ‘Enseignement’

Ces palmarès d’écoles qui négligent les critères sociaux et environnementaux

1février2012

Découvrez ci-dessous une tribune que j’ai rédigée avec ma collègue Julie Bayle-Cordier et que nous vous invitons à commenter :

Les classements des écoles de management dans la presse nationale et internationale rencontrent un vif intérêt auprès des diplômés, des élèves, des futurs étudiants et de leurs parents ainsi que parmi les responsables de ces mêmes écoles. Du côté des candidats et de leurs parents, l’objectif est d’identifier la meilleure formation, un souci des frais d’inscription. Du côté des responsables des écoles, l’attention portée à ces classements s’explique par la compétition accrue. Les écoles de management sont en compétition pour attirer les meilleurs étudiants et pour obtenir les financements privés auprès des mêmes entreprises. Chaque changement de rang lors d’un palmarès est donc analysé à la loupe et amplement commenté, tant pour se féliciter de places gagnées par rapport à ses concurrents, que pour justifier un classement jugé mauvais par une méthodologie qu’il faudrait revoir.

Tout en reconnaissant l’utilité des classements et leur contribution à une saine concurrence entre les écoles, nous nous interrogeons sur l’adaptation des critères retenus par les médias pour établir ces classements : sont-ils conformes aux attentes actuelles des entreprises et de la société ? Aujourd’hui, les entreprises ne sont plus seulement évaluées sur leurs performances économiques, mais aussi sur l’impact social et environnemental de leurs activités. Pourtant, les classements des écoles de management se fondent avant tout sur le salaire de sortie des diplômés et le nombre de publications académiques, quels qu’en soient le contenu et l’impact sur les pratiques des entreprises.

En 2006, les Nations Unies ont travaillé avec des représentants d’écoles de management du monde entier pour définir six Principes pour un Enseignement Responsable du Management. Ces principes portent sur l’intégration systématique des enjeux économiques, sociaux et environnementaux dans la recherche, les enseignements et les coopérations avec les entreprises. Les écoles de management peuvent et doivent jouer leur rôle pour préparer et accompagner les managers à inventer et à mettre en œuvre de nouveaux business models intégrant ces principes visant une création de valeurs pour toutes les parties prenantes.

Nous sommes convaincus qu’indépendamment des organismes d’accréditation, les médias peuvent encourager cette transformation profonde des écoles de management à travers leurs classements. Alors que l’on voit émerger des classements spécialisés sur l’intégration des enjeux de la responsabilité sociale et environnementale par les écoles, les classements généralistes ne peuvent être en reste. Par ailleurs, il devient de plus en plus évident que la préparation des managers à intégrer ces enjeux constitue un élément essentiel de leur carrière professionnelle.

De la même manière que les classements existants mettent en avant les écoles les plus internationales, les plus proches des entreprises ou les plus performantes en matière de recherche, ils pourraient afficher celles qui sont les plus responsables. Quelle école souhaiterait aujourd’hui être considérée comme performante mais peu responsable ?

Certes, l’évaluation du degré de responsabilité d’une école n’est pas simple, mais face à l’importance des enjeux économiques, sociaux et environnementaux, on ne saurait reculer devant cette difficulté. A l’instar des agences de notation sociale et environnementale qui évaluent la responsabilité des entreprises, ou encore des entreprises qui mesurent la contribution de leurs cadres à l’innovation sociale et environnementale, il est possible de définir des critères objectifs et reconnus par les parties prenantes concernées pour classer les écoles de management selon leurs réalisations dans ce domaine.

Nous invitons donc les auteurs des classements des écoles de management à ne plus tarder à engager une telle démarche et à contribuer ainsi à l’émergence d’une économie et d’une société plus responsables.

Julie Bayle-Cordier, Enseignante chercheur et Directrice adjointe de l’Institut pour la Responsabilité Globale et l’Entrepreneuriat, Audencia Nantes

André Sobczak, Enseignant chercher et Directeur de la Recherche, Audencia Nantes

The Academy of Business in Society fête ses 10 ans

31janvier2012

Aujourd’hui et demain, j’assiste à l’événement que The Academy of Business in Society organise à l’occasion de son dixième anniversaire à l’école de management de l’Université de Nottingham.

L’objectif est de s’interroger sur le chemin parcouru en dix ans dans l’intégration des enjeux sociaux et environnementaux dans les institutions d’enseignement supérieur du management et sur les défis pour la prochaine décennie.

J’ai ainsi été invité à témoigner dans l’atelier consacré à la recherche en management pour y présenter la manière dont nous avons progressivement fait de la responsabilité globale l’axe majeure de différenciation d’Audencia en matière de recherche et notre stratégie pour continuer à avancer dans ce domaine.

Selon moi, l’un des enjeux futurs consiste à intégrer les enjeux de la responsabilité globale dans un nombre encore plus important de projets de recherche de la faculté. Cela ne signifie pas que toutes les recherches devront porter sur la responsabilité globale, mais plutôt que toutes les recherches devront être globalement responsables. Cela signifie notamment que nous devrons mieux associer les différentes parties prenantes à la définition et à la diffusion des nos projets de recherche, que nous devrons favoriser encore plus des démarches multidisciplinaires avec d’autres chercheurs en sciences sociales et au-delà et que nous devrons nous poser la question de l’impact économique, social et environnemental de nos projets de recherche.

Un beau défi pour les dix prochaines années!

Quelle responsabilité globale de l’enseignement supérieur ?

23janvier2012

Jeudi soir et vendredi, j’ai assisté au colloque eco-campus organisé à l’UNESCO par la Conférence des Présidents d’Université et la Conférence des Grandes Ecoles.

L’objectif était d’échanger sur l’intégration du développement durable et de la responsabilité sociale par les établissements européens d’enseignement supérieur et la perspective d’un label dans ce domaine.

Si le nombre de participants à ce colloque montre l’intérêt croissant de l’enseignement supérieur pour ces enjeux, je m’interroge sur la tournure que les débats ont pris :

  • D’une part, les interventions au cours du colloque ont presque exclusivement porté sur les enjeux environnementaux, comme si les responsabilités sociales, sociétales ou économiques et leur articulation avec les enjeux environnementaux pouvaient être négligés. On est loin de l’idée de la responsabilité globale que nous défendons à Audencia.
  • D’autre part, la plupart des intervenants n’ont accordé que peu d’importance à l’enseignement et à la recherche, soit en ne mentionnant pas du tout ces questions, soit en en faisant un enjeu parmi de nombreux autres. Or, ne faudrait-il pas que nous nous intéressons d’abord à notre cœur de métier et au domaine dans lequel nous avons le plus grand impact, en préparant les dirigeants de demain et en accompagnant ceux d’aujourd’hui ? Que dirions-nous d’une entreprise dans le secteur pétrolier qui considère que sa stratégie de responsabilité globale devrait porter en grande partie sur la gestion de ses bâtiments administratifs, l’utilisation du papier ou même l’égalité professionnelle ? Il faut évidemment traiter ces questions, mais sans négliger notre enjeu principal.
  • Enfin, l’objectif semble être de créer un label reposant sur une batterie d’indicateurs qui risque de comporter les deux faiblesses indiquées ci-dessus et de s’ajouter aux nombreuses certifications qui existent déjà dans le monde de l’enseignement supérieur. Ne serait-il pas plus pertinent de chercher à intégrer les critères de la responsabilité globale dans les systèmes d’accréditations comme EQUIS, AACSB, AMBA ou l’AERES, d’autant plus que cette démarche est déjà engagée par ces accréditations ? Cela permettrait d’éviter la multiplication des procédures d’évaluation très consommatrices de temps, de favoriser une démarche vraiment globale et de toucher sans doute un nombre plus important d’établissements.