Dans le cadre d’un cours sur la responsabilité globale dans les programmes EMP et MMDC à Audencia, nous avons choisi d’analyser la démarche de l’entreprise Pawlica Design, créé il y a un an par le jeune designer nantais Benjamin Pawlica.
Pawlica Design peut être considéré comme l’exemple même d’une entreprise qui, bien que jeune et petite, a réussi à concilier compétitivité, prise en compte de l’environnement et engagement social. Certes, une telle démarche demande plus de temps et, dans certains cas, plus d’argent. Mais ce petit manque à gagner semble rapidement épongé par le fait que certains clients ont choisi l’entreprise de Benjamin Pawlica justement parce qu’il est éco et socio-responsable.
Entre coûts un peu plus importants et attraction de nouveaux clients, Pawlica estime que le fait de gérer une entreprise responsable ne lui apporte ni avantages, ni inconvénients dans le domaine particulier qu’est le design.
Si une petite entreprise n’a rien à perdre dans la prise en compte de la responsabilité globale, les grosses entreprises ont probablement beaucoup à y gagner…
Voici un extrait de témoignage de Benjamin Pawlica présentant sa conception du lien entre le design et la responsabilité globale :
« Intégrez-vous la RG dans toutes vos créations, et comment l’intégrez-vous ? S’agit-il d’une veille technologique et du choix des matériaux uniquement ou d’une approche plus globale, allant de l’idée, de la fabrication du projet même à sa promotion ?
Chaque projet que je conçois est développé avec une conscience écologique. On ne peut malheureusement pas toujours concevoir des produits totalement respectueux de l’environnement. De nombreuses contraintes techniques et économiques viennent freiner ce désir. Je m’attache néanmoins toujours à trouver les solutions les plus adaptées aux attentes des mes clients tout en intégrant une dimension de développement durable et de conception éthique dans mes produits. De nombreux industriels sont prêts à suivre des démarches de responsabilité globale seulement si cela n’ampute pas leur chiffre d’affaire. Il faut donc créer dans cette optique.
Cependant, je ne me restreins pas à l’éco design : j’évalue toujours le degré d’utilité de concevoir des produits écologiques, certains en nécessitant un moindre. Ainsi, il m’arrive de produire des objets fabriqués dans des moules, en Chine, en grande quantité, ou au contraire des objets coûteux en très faible quantité (ex : 2000 exemplaires de poivrières – salières « Corail », exigeant 5 moules).
Comment intégrer la RG dans mes créations ?
Tous les paramètres doivent être pris en compte afin de créer dans cette démarche : les ressources des matières premières, les matériaux et leur mise en œuvre, la condition humaine, l’énergie grise consommée, le développement et la communication, l’utilisation du produit et sa fin de vie.
J’invente, transforme, adapte et imagine de nouvelles applications pour les matériaux. Il reste de nombreuses sources à exploiter afin de créer de nouveaux matériaux et matières. Mes matériaux pouvant être qualifiés d’écolo sont : le latex de Guayule (Cyclic shoes), le plasticana, le biotextile pré-ensemencé (viscose et cellulose), la toile de chanvre (packaging de Aigle)…
Par exemple, pour les Cyclic shoes (mon projet de fin d’année d’études – Ecole Pivaut – Nantes), qui ne sont pas encore commercialisées, j’ai fabriqué le prototype après de longues recherches avant de découvrir le latex de Guayule (plante) et ses vertus : mon but original était de concevoir des chaussures capables de se recycler très simplement.
J’ai alors commandé la matière au Mexique, laquelle a été boudinée (traitée et mise sous forme de longue corde) dans le Sud de la France, et retravaillée par moi-même (double enroulements) sur des pieds en bois. Dans le cas de partenariats plus développés, d’une production en quantité, je pense que la fabrication se ferait par des machines, moulant et fondant la matière crue pour tout souder.
Actuellement, la matière sert à la composition de certains gants chirurgicaux et préservatifs, car hypoallergénique. Elle a aussi été utilisée pendant la 2ème guerre mondiale au moment de l’embargo sur le caoutchouc, puis délaissée au profit du caoutchouc synthétique, et / ou au prix de déforestations immenses de forêts d’hévéas, moins coûteux.
Tout le projet peut être qualifié de « responsable » puisque :
- tout d’abord, je suis contre les déforestations et les conditions de travail qui lui sont liées, or la matière provient d’une plante du désert, ce qui valorise sa non exploitation et ses populations alentours,
- en plus, on obtient du latex hypoallergénique, très valorisant sachant que 20 % de la population est allergique au latex,
- de cette plante, on en retire le latex pour les chaussures, la résine pour la colle et colorants, la bagasse (résidus de bois) pour le packaging.
Par ailleurs, la communication sur mes créations peut se faire par des communiqués de presse des entreprises en collaboration, la presse spécialisée et principalement par internet où je n’ai pas de contrôle et où tout va alors très vite. [...] «
Mots-clefs : design






